Dr. Serge Marquis sur la création

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Dr. Serge Marquis, conférencier et auteur:
Pensouillard le hamster, Petit traité de décroissance personnelle.

Lors d’une conférence Les Belles Soirées, vous dites:

« le plus grand exploit que l’être humain puisse accomplir, c’est d’arriver à installer dans le cerveau, la vigilance nécessaire pour observer la course du hamster, et amener l’attention dans l’instant présent. »

Dr. Marquis, quel est le lien entre le hamster et l’acte de créer ?

Pour bien répondre à cette question, il est d’abord nécessaire d’exposer trois principes.

Le premier: la course du hamster est une métaphore de cette petite voix qui parle sans cesse dans notre tête. Qui juge, critique, commente; le plus souvent sans chercher de solutions aux situations qu’elle évoque. Plutôt une auto-confirmation qu’elle a raison. En fait, c’est l’ego qui tente sans cesse de se prouver qu’il est spécial, unique, différent; qu’il a raison et que l’autre a tort, bref qu’il n’est pas menacé dans l’une ou l’autre de ses multiples identités.
Second principe: l’attention ne peut pas être à deux endroits en même temps. À titre d’exemple, je ne peux pas écouter une autre personne si je suis en train de penser à la réponse que je vais lui faire, ou si la petite voix intérieure commente ce qu’elle essaie de me dire.
Troisième principe: le cerveau privilégie de mettre l’attention sur ce qu’il perçoit comme une menace. C’est normal, il a eu à le faire pendant des milliers d’années pour assurer notre survie. Cependant, à notre époque, plus souvent qu’autrement, il met l’attention sur ce qu’il perçoit comme une menace à l’ego: « Que va-t-on penser de moi? Est-ce que j’ai dit la bonne chose? Que va-t-on dire de mon travail? » Etc.
L’acte de créer, authentique, requiert que l’attention soit complètement disponible pour faire apparaître l’oeuvre. La personne qui crée peut tomber dans le piège tendu par la course du hamster: « Est-ce qu’on va aimer mon travail? Va-t-il être compris? » plutôt que de laisser toute la place à la créativité. L’acte de créer, s’il mobilise toute l’attention, est une manière très efficace de calmer « la bête ».

Dr. Marquis, vous mentionnez aussi « il faut découvrir en nous ce qui ne vieillit jamais.» Pourquoi est-ce important pour un créateur ?

Cette phrase magnifique: « Il faut découvrir en nous ce qui ne vieillit jamais » est de Madame Marie de Hennezel; une dame qui a travaillé en soins palliatifs pendant plusieurs années. Elle permet de distinguer ce que nous sommes vraiment de toutes les fausses identités que nous avons pu construire au cours de notre vie. Il existe en nous un processus – appelons-le « processus d’identification » qui fait qu’on s’identifie à tout et à n’importe quoi tout au cours de notre existence: une équipe de sport, une marque de vêtement, une croyance, et des milliers d’autres choses. Le cerveau a tendance à vouloir protéger sans cesse ces « fausses identités ». Et pour ce faire il retourne constamment dans le passé – ce qu’on a dit, ce qu’on a fait, ou ce qu’on n’a pas dit ou n’a pas fait – ou dans l’avenir – qu’est-ce qu’on va penser, qu’est-ce qu’on va dire – et quitte par conséquent le présent. Or, la capacité de créer fait partie de « ce qui en nous ne vieillit jamais », et nous permet d’être connecté avec le moment présent, là où se déroule cette vie si précieuse dont nous avons le privilège d’être l’une des expressions.

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